Géolocalisation en entreprise : suivi ou surveillance ?

Publié le 02/12/2021 par Caroline Rousseau

géolocalisation véhicule entreprise

Dans le cadre professionnel, l’employeur peut avoir recours à la géolocalisation d’appareils ou de véhicules utilisés par les salariés, notamment par le biais d’un logiciel de tracker GPS, et ce à des fins d’organisation, de sécurité ou encore de facturation de prestations. En revanche, son utilisation est encadrée de bonnes pratiques édictées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), notamment en ce qui concerne les justifications de son utilisation et le respect de la vie privée.

Que savent les employés des implications du suivi par géolocalisation, dans un contexte de travail ? Sur quels appareils sont-ils “suivis” ? La géolocalisation influence-t-elle leur implication dans leur travail ?

GetApp a interrogé 1 020 personnes sur les questions de géolocalisation (lisez la première partie de notre enquête ici). Parmi ces répondants, 567 se sont qualifiés comme salariés à temps plein ou temps partiel pour répondre à la seconde partie de notre enquête. Vous trouverez la méthodologie complète en fin d’article.

 Points forts de l’étude

  • 36 % des répondants géolocalisés n’ont pas été informés des raisons de cette géolocalisation
  • 26 % des répondants affirment que cette mesure de géolocalisation sert pour le suivi du temps de travail
  • 26 % des répondants ont une application disposant d’une fonction de géolocalisation sur leur téléphone personnel, à la demande de l’employeur

Comment s’effectue la surveillance par GPS par un employeur ?

Quelles sont les applications qui permettent de géolocaliser les travailleurs ?

Il existe trois manières de géolocaliser un dispositif, et par extension, son utilisateur :

  1. Les paramètres du système d’exploitation d’un ordinateur peuvent être configurés pour le localiser. L’employé n’a pas forcément la main mise sur ce réglage, qui peut dépendre uniquement de l’administrateur.
  2. Les logiciels de suivi par GPS de véhicules (avec la mise en place d’un boîtier connecté, par exemple) ou encore une application GPS installée sur un téléphone.
  3. Les applications dotées de GPS dont le but premier est le pointage et le suivi du temps et qui peuvent demander de confirmer l’emplacement de l’utilisateur.

Les limites de la mise en place d’un suivi par géolocalisation

D’après la CNIL, les recommandations suivantes s’appliquent. En résumé, la géolocalisation des salariés doit être tout d’abord communiquée de manière claire et se limiter aux fins énoncées officiellement.

Ces dernières peuvent comprendre, par exemple, la répartition des effectifs sur le terrain, la sécurité du personnel ou encore la facturation de prestations. Elle ne peut en revanche se substituer à un outil de suivi de temps s’il existe un autre moyen, même si celui-ci est moins pratique que l’application de géolocalisation. De fait, les outils GPS doivent pouvoir être désactivés par le salarié, une fois ses horaires de travail terminés. Enfin, la géolocalisation ne peut être utilisée pour suivre un salarié jouissant d’une liberté d’organisation, a priori évoquée dans son contrat de travail.

Un traqueur GPS peut servir dans l’un ou l’autre des cas de figure suivants :

  • Les domaines du transport, de la livraison, pour l’optimisation d’itinéraire et de carburant, la facturation
  • La construction pour l’inventaire de matériel
  • Les services d’urgence et les services de maintenance pour la répartition des véhicules pour intervention rapide
  • La sécurité des personnes, des marchandises, du matériel ou du véhicule

Des appareils personnels comme outils de géolocalisation pour l’employeur

Les salariés sont principalement géolocalisés par le biais d’un appareil personnel ou d’un véhicule personnel

18 % des réponses exprimées évoquent l’utilisation de la géolocalisation sur un véhicule personnel, tandis que 16 % des réponses évoquent sa mise en place sur un véhicule professionnel. Un véhicule de fonction peut être considéré comme un avantage en nature et servir à des fins personnelles. La géolocalisation s’arrête alors dès lors que le salarié l’utilise en dehors des heures de travail.

mon employeur peut il localiser mon téléphone

47 % des réponses exprimées évoquent ensuite la géolocalisation d’un appareil personnel (smartphone, ordinateur, tablette ou accessoire connecté) par l’employeur.

Ils ne sont par ailleurs que 10 % de répondants à affirmer (ou à savoir) que leur ordinateur ou tablette professionnelle est géolocalisé(e).

En revanche, ils sont 13 % de répondants à affirmer qu’ils ignorent s’ils sont géolocalisés, d’une manière ou d’une autre.

Si les employés de secteurs requérant des déplacements fréquents ou dont l’activité repose sur le transport et/ou la livraison ont de fortes chances de savoir qu’ils sont géolocalisés (le kilométrage étant au coeur de leur travail) , il est possible qu’au sein de certaines entreprises, certaines applications imposées par l’employeur aient accès à la localisation de l’appareil.

Qu’ils utilisent un appareil personnel ou professionnel, les salariés ne prennent pas toujours la peine de désactiver la fonction de localisation en dehors de leurs heures de travail. En revanche, même si l’employeur consulte ces données, il ne peut s’en servir.

Des données soumises au RGPD

Si l’employeur a le droit de faire installer une application professionnelle sur un appareil personnel, dans le cadre d’une politique de BYOD (Bring Your Own Device, soit “utilisez votre propre appareil”) par exemple, il n’a en revanche pas le droit de collecter ou consulter plus que les données professionnelles servant à atteindre l’objectif professionnel communiqué. 

De plus, la collecte de données de géolocalisation est strictement réservée aux personnes habilitées et doit être protégé avec des mesures antipiratage. Leur utilisation tombe également sous la notion de proportionnalité : la consultation de telles données sert-elle concrètement à un objectif raisonnable ?

Denis Jacopini, expert en cybercriminalité et conformité RGPD, explique que les données à caractère personnel doivent faire l’objet d’une “collecte loyale et transparente” de la part de l’employeur.

Il est de la responsabilité de l’employeur de se conformer au Règlement général sur la protection des données (RGPD) et aux recommandations de la CNIL, de ne pas empiéter sur le territoire privé ou encore de faire de la géolocalisation un outil de surveillance.

Vous cherchez un logiciel de suivi des heures travaillées ? Consultez notre catalogue d’outils de gestion du temps.

Géolocalisation et contrôle des horaires : une fausse bonne idée

Les raisons de la géolocalisation les plus évoquées par les employés affirmant faire l’objet d’un suivi de localisation sont :

  • Le contrôle des horaires
  • La sécurité
  • Les frais de déplacement professionnel

géolocalisation véhicule entreprise

La consultation et la collecte des données du logiciel pour établir un suivi des horaires et du temps de travail n’est autorisée que lorsqu’aucun autre dispositif peut être utilisé. C’est-à-dire que la plupart du temps, le suivi du temps de travail par ce biais n’est pas autorisé. C’est pourtant la première raison évoquée avec 26 % des réponses : aux employeurs d’effectuer une consultation auprès de la CNIL, de consulter le code du travail et de se mettre en conformité.

Deuxième raison évoquée pour le recours à la géolocalisation : la sécurité, avec 25 % des réponses enregistrées. Les entreprises qui doivent assurer la sécurité du personnel, en particulier, peuvent avoir recours au suivi afin de localiser en temps réel leur emplacement et agir rapidement en cas d’incident.

Troisième raison la plus évoquée : le remboursement des frais professionnels (24 % des réponses). Le suivi par système GPS constitue une donnée tangible pour le défraiement d’un déplacement, au kilomètre près. Il peut également servir de preuve de livraison.

Une autre raison intéressante pour les entreprises est la facturation. La géolocalisation des véhicules d’entreprise permet, par exemple, de présenter une facture précise au client ou d’optimiser la dépense en carburant d’une flotte de véhicules grâce à un calcul du trajet le plus économique.

Les zones d’ombre du recours à la géolocalisation

36 % des répondants affirment cependant n’avoir reçu aucune information au sujet du recours à leur géolocalisation. C’est pourtant la première étape pour un employeur que d’informer les représentants du personnel et les salariés.

En outre, 44 % des répondants ignorent si d’autres données, autres que celles de localisation, sont partagées avec leur employeur.

surveillance gps employeur

Or, 34 % des personnes interrogées déclarent n’avoir pas accès à ces données récoltées, et 18 % l’ignorent si cela leur est potentiellement possible. 

surveillance gps employeur

D’autre part, la désactivation du suivi sur un appareil professionnel est pour 29 % de répondants uniquement possible par un administrateur, et possible pour 29 % de répondants. 25 % déclarent par ailleurs avoir la possibilité de désactiver le suivi sans pour autant le faire ou s’en préoccuper. Les appareils professionnels ont plus que jamais fait leur entrée dans nos domiciles et vie privée avec la crise sanitaire. Les limites et les droits de chacun sont à communiquer avant de mettre en place un dispositif de géolocalisation.

surveillance gps employeur

La géolocalisation en entreprise inspire finalement plutôt l’indifférence

Employés : de l’indifférence et peu de méfiance

Si 53 % ne ressentent aucune influence particulière sur leur manière de travailler et leur productivité, 41 % voient la géolocalisation comme positive, pour effectuer un travail plus consciencieux (20 %) ou pour des questions de sécurité dans le cadre de fonctions à risques (21 %).

surveillance gps employeur

Il en va de même, à peu de choses près, quant à l’opinion des employés sur leur employeur : 59 % des répondants déclarent que la présence d’un tracker GPS sur l’un de leurs appareils leur est “égale” tandis que 21 % estiment que c’est un manque de confiance.

Une minorité de répondants se méfient cependant de la géolocalisation. Comme dans nos précédentes études sur la surveillance des salariés, certains voient le suivi d’un mauvais œil. 7 % affirment qu’ils “n’aime[nt] pas “l’idée d’être observé[s]” et se “contente[nt] du minimum par principe”. 26 % affirment même que cela pourrait peser dans leur choix d’accepter ou non une offre d’emploi à l’avenir, si on leur disait que l’emploi pour lequel ils postulent fait l’objet d’un suivi par géolocalisation.

Managers : confessions du bout des lèvres

Parmi les personnes interrogées déclarant superviser des salariés au sein de leur entreprise et ayant recours à la géolocalisation :

  • 22 % admettent avoir outrepassé les règles établies au moins une fois, de manière volontaire.
  • 15 % admettent les avoir franchies au moins une fois, par mégarde.
  • 9 % affirment n’avoir jamais cédé, mais seraient parfois tentés.

La géolocalisation peut-elle servir de surveillance ?

Manque de moyens ou surveillance qui ne dit pas son nom, le recours aux appareils personnels dans le cadre du travail tend à brouiller la frontière entre vie personnelle et vie professionnelle, un aspect renforcé par le contexte de la crise sanitaire.

Cependant, les entreprises dont les équipes travaillent sur le terrain peuvent trouver dans la géolocalisation un moyen de suivre les kilomètres parcourus, d’optimiser la répartition des effectifs ou encore de facturer leur clientèle de manière adéquate. En revanche, la géolocalisation ne devrait pas être un outil de surveillance supplémentaire, servant à rassurer les entreprises sur leurs employés. En plus de n’être pas adaptée au suivi des heures, le résultat obtenu serait probablement inverse au résultat espéré.

Vous souhaitez en savoir plus ? Consultez notre catalogue de logiciels de tracker GPS pour découvrir davantage de produits.

Méthodologie:

Pour recueillir ces données, GetApp a interrogé un total de 1 020 répondants sur le territoire français entre le 15 et le 19 octobre 2021. Les répondants devaient être âgés de plus de 18 ans et résider en France.  

Le nombre de répondants varie d’une question à l’autre selon leurs réponses apportées aux questions précédentes. Pour les 567 répondants travaillant en entreprise, ils sont employés à temps plein ou temps partiel en PME (<250 employés). 

Notre équipe procède à l’analyse des données selon un processus de nettoyage précis (contrôle qualité) et une méthode de questions filtres. La plateforme en ligne de collecte de données est conforme à la norme ISO 20252, ainsi qu’aux normes ESOMAR, MRS, ARF, MRIA, AMA, AMSRO et Insights Association. Elle possède plus de 155 millions de panélistes d’enquête dans plus de 130 pays.


REMARQUE : cet article a pour but d’informer nos lecteurs des problématiques liées au monde de l’entreprise en France. Il n’est en aucun cas destiné à fournir des conseils juridiques ou à approuver un plan d’action spécifique. Pour obtenir des conseils sur une situation spécifique, consultez votre conseiller juridique


REMARQUE : ce document, bien qu’il soit destiné à informer nos clients des défis actuels en matière de confidentialité et de sécurité des données auxquels sont confrontées les entreprises informatiques sur le marché international, n’est en aucun cas destiné à fournir des conseils juridiques ou à approuver un plan d’action spécifique. Pour obtenir des conseils sur une situation spécifique, consultez votre conseiller juridique.


Cet article peut faire référence à des produits, programmes ou services qui ne sont pas disponibles dans votre pays, ou qui peuvent être limités par les lois ou règlements de votre pays. Nous vous suggérons de consulter directement l'éditeur du logiciel pour obtenir des informations sur la disponibilité du produit et le respect des lois locales.


Partager cet article

À propos de l'auteur

Analyste de contenu spécialisée dans les tendances et enjeux des nouvelles technologies dans l'univers professionnel. Passions : Albert Camus, l'art, les énigmes.

Analyste de contenu spécialisée dans les tendances et enjeux des nouvelles technologies dans l'univers professionnel. Passions : Albert Camus, l'art, les énigmes.