De la méfiance à l’utilité, le rapport ambigu du salarié à la surveillance

Publié le 30/11/2020 par Caroline Rousseau

Les logiciels de surveillance des employés, s’ils semblent opportuns avec le télétravail, n’ont rien de nouveau. Le suivi des horaires, résultats, productivité et conversations a pu être utilisé dans le cadre de travail en présentiel. Comme nous le verrons dans notre enquête, entre méfiance et confiance, inquiétude et éthique, la surveillance peut paraître ambivalente au premier abord, du point de vue des salariés. Cependant, si les fins sont justifiées et communiquées de manière transparente, elle peut s’avérer bénéfique pour les employés.

En quoi consiste la surveillance des employés ? Quelles en sont les applications concrètes, les diverses utilités et les réticences du point de vue des salariés ?

GetApp a mené un sondage auprès de 1 418 répondants Français duquel nous publierons deux articles. Dans ce premier article, nous nous trouvons aux côtés des “surveillés” et tâchons de capter leur perception du concept de surveillance au travail. Nous publierons dans un second article une analyse du point de vue des “surveillants.” Vous retrouverez la méthodologie en fin d’article.

Qu’est-ce que la surveillance des employés ?

La surveillance au travail consiste à obtenir l’accès aux données générées par un employé sur du matériel de l’entreprise (le plus souvent par le biais d’un ordinateur et les applications utilisées) ou encore à filmer un espace de travail via la vidéosurveillance. La collecte de telles données peut servir, entre autres, à assurer la sécurité de l’entreprise et/ou de ses effectifs, à suivre le temps de présence ou encore à évaluer la productivité d’une personne.

Vous soupçonnez votre patron de vous surveiller avec une caméra ? Déjà, si c’est le cas, vous devriez être au courant. Mais connaissez-vous toutes les facettes de la surveillance au travail ?

Le portail juridique Droit Travail France établit la liste des divers procédés de surveillance des employés :

  • Vidéosurveillance
  • Surveillance téléphonique
  • Surveillance informatique
  • Contrôle d’Internet
  • Contrôle de la messagerie électronique
  • Consultation des documents de travail

L’employeur devra préalablement informer ses employés de la finalité des moyens mis en place, ainsi qu’effectuer une déclaration auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Dans le cas contraire, l’utilisation de tels outils est illicite, et toute action entreprise à la suite de l’utilisation de données (un licenciement, par exemple) pourrait être irrecevable.

Le magazine Numerama revient en détail sur nombre de ces procédés et leurs implications. Lorsqu’il s’agit de surveillance au travail, les droits et devoirs des salariés et employeurs doivent être scrupuleusement étudiés avant toute décision.

Si certaines entreprises utilisaient déjà de tels outils (pointeuse en ligne ou permettant l’accès à l’historique de navigation, par exemple), la mise en place soudaine du télétravail a certainement pu inciter d’autres entreprises à se tourner vers des outils de surveillance à distance pour s’enquérir de l’assiduité des employés.

Avant les considérations techniques (choix et mise en place d’un logiciel), une certaine réflexion, accompagnée d’éthique, s’impose : la collecte de données est-elle réellement justifiée ? Quels bénéfices l’entreprise et les employés peuvent-ils en tirer ?

Les mêmes règles s’appliquent en outre que l’on soit en présentiel ou en télétravail, avec en tête la protection des données personnelles et de la vie privée comme impératifs.

Entre perception et réalité(s), GetApp a voulu connaître l’opinion de salariés Français sur ces considérations.

À quel point est-on surveillé aujourd’hui dans les PME ?

surveillance ordinateur salarié

Sur 1 309 répondants, 45 % travaillent dans une entreprise qui utilise des outils de surveillance des employés. 20 % affirment que cette surveillance a commencé depuis la crise, tendance que l’on peut inscrire dans l’avènement du télétravail.

Parmi les répondants dont l’entreprise a investi dans des outils de surveillance, ils sont 74 % à surveiller d’autres employés. D’un autre côté, 66 % des répondants, qu’ils soient de niveau intermédiaire ou manager, sont surveillés par un supérieur hiérarchique (certains sont à la fois surveillés et surveillants).

Voici comment se sentent managées les personnes ayant répondu qu’elles étaient surveillées :

contrôle de l'activité des salariés

59 % rejettent l’idée de la surveillance

Lorsque l’on leur demande s’ils souhaiteraient ne pas ou ne plus être surveillés si l’occasion leur était présentée, une majorité de répondants répond instinctivement par l’affirmative.

Les principales raisons invoquées sont la perception d’une infantilisation et d’un manque de confiance, une augmentation du stress, la crainte de l’intrusion dans la vie privée, le manque de liberté quant à l’organisation personnelle.

Globalement, ces répondants tendent à penser que la confiance serait renforcée sans la surveillance.

41 % l’acceptent et y voient des avantages

Quant aux personnes interrogées qui souhaiteraient continuer à être surveillées, les raisons qui reviennent le plus souvent évoquent la sécurité (à travers la vidéosurveillance), une confiance mutuelle grâce aux preuves tangibles que le travail est réalisé (et par là-même jouer en faveur du télétravail), une motivation pour fournir des résultats ou les dépasser, et la prise en compte des heures supplémentaires.

Ces répondants affirment que la surveillance garantit au contraire un climat de confiance. 

Alors comment s’assurer que la surveillance, une fois les intentions établies et justifiées, crée une relation de confiance entre toutes les parties prenantes ? 

La transparence est la clé de la confiance et de l’acceptation

La clé se trouve entre autres dans une communication transparente. Une politique claire doit être présentée : celle-ci devrait exposer les mesures prises et les résultats que l’on souhaite obtenir par cette voie.

Les pratiques de surveillance ne devraient en outre pas être “gravées dans le marbre” et, au contraire, être révisées plusieurs fois par an afin d’en évaluer la pertinence et l’impact sur les salariés. 

Sans cela, les effectifs risquent d’imaginer “le pire” et de rejeter l’idée en bloc.

Loin de vouloir simplement obtenir une approbation résignée de la part des employés, il faut au contraire exposer les avantages dont ils peuvent bénéficier. Si les résultats attendus participent à une meilleure expérience employée, ceux-ci devraient être communiqués.

Quand la surveillance s’avère éthique

La surveillance s’applique à des aspects très concrets de la vie professionnelle, qu’il s’agisse par exemple des horaires de travail ou de l’historique de navigation. 

Voici les aspects pour lesquels les répondants surveillés ont explicitement donné leur accord (c’est-à-dire, ont reçu et approuvé un document les en informant) :

À noter que 16 % n’ont signé aucun accord pour des pratiques de surveillance.

La surveillance revêt des objectifs propres à chacun de ces aspects ; nous les listons ici de manière exhaustive, mais chaque entreprise peut décider d’en surveiller tout ou partie seulement. Attention, si certains outils existent bel et bien sur le marché, leur utilisation peut être strictement réglementée et il convient de se renseigner au cas par cas :

  • Activité sur l’ordinateur : suivi du temps, historique du navigateur, mouvements de la souris, enregistrement des frappes au clavier. 
  • Présence : heures de connexion/déconnexion, heures de travail, heures supplémentaires.
  • Espace de travail : surveillance par webcam, captures d’écran. 
  • Charge de travail : gestion du temps, listes des tâches, emploi du temps, objectifs et indicateurs clés de performance.
  • Communication numérique : e-mails, messagerie instantanée, visioconférence.
  • Conversations audio : utilisation du téléphone.
  • Emplacement : GPS, suivi du véhicule.
  • Réseaux sociaux : utilisation des comptes personnels et de l’entreprise.

En plus de garantir une utilisation correcte et sécurisée des outils de l’entreprise, certains aspects de la surveillance peuvent apporter une satisfaction toute particulière aux salariés.

C’est le cas des horaires qui prouvent sans ambiguïté les heures travaillées. C’est d’ailleurs l’aspect jugé le plus “utile” par 44 % des répondants :

Autre exemple, la charge de travail peut être plus “visible” et permettre une meilleure répartition des tâches au sein de l’équipe.

Malgré le sentiment d’infantilisation évoqué plus haut, la surveillance est objectivement perçue comme un atout pour les raisons suivantes :

  • 51 % considèrent que les heures travaillées ou les heures supplémentaires peuvent être plus facilement prises en compte par l’employeur.
  • 40 % estiment que les managers peuvent aider à optimiser le temps de travail et à répartir les tâches selon la charge de travail de chacun.
  • 31 % pensent que l’employeur peut obtenir un meilleur aperçu des opérations quotidiennes réalisées au sein de l’entreprise
  • 28 % pensent que l’employeur peut avoir plus de visibilité sur la productivité ou rentabilité de chaque employé.

Le stress et l’intrusion dans la vie privée parmi les craintes évoquées

Parmi les réticences face à la surveillance qui peuvent ressenties autant par les employés que par les employeurs, les plus évoquées sont les suivantes :

De fait, certaines pratiques existantes doivent être encadrées et utilisées à bon escient. Par exemple, l’enregistrement vidéo d’un écran ne devrait servir que dans le cadre d’une formation, afin de respecter tout ce qui relève de la vie privée (mots de passe ou correspondance personnelle, par exemple).

Entre outre, le Règlement général sur la protection des données (RGPD), adopté en mars 2018, encadre strictement le traitement des données personnelles. Dans le monde professionnel, certains aspects de la surveillance répondent à des exigences précises ; ceux-ci sont détaillés sur le site de la CNIL.

Certaines finalités sont plus sujettes à interprétation, comme la productivité, et devraient répondre à un jugement proportionné. Le temps passé sur une application n’est pas nécessairement synonyme de meilleur rendement. Une analyse d’autres indicateurs doit être considérée afin d’évaluer de manière pertinente le travail d’une personne.

Dans le cas par exemple de la capture d’écran à distance, celle-ci est considérée selon la CNIL comme “susceptible de n’être ni pertinente ni proportionnée, puisqu’il s’agit d’une image figée d’une action isolée de l’employé, qui ne reflète pas fidèlement son travail.” Il en va de même pour le keylogger qui n’est pas le garant d’une meilleure productivité et tend vers le contrôle excessif non justifié.

Vers une utilisation sereine de la surveillance

Si la surveillance des salariés est perçue comme “plutôt positive” par 26 % des répondants et comme “plutôt négative” par 28 % des répondants, 29 % d’entre eux s’avouent indécis sur la question, signe que la surveillance a, non seulement besoin d’être implémentée de manière judicieuse, mais doit également être expliquée, en ne laissant que peu de place à l’interprétation.

Le style de management doit de son côté évoluer et ne peut pas se contenter des outils pour scruter les faits et gestes par simple manque de confiance.

Si les abus existent et sont un risque, ils ne sont cependant pas une fatalité et la surveillance répond à des règles très strictes, dont celles du RGPD. La collecte de données doit être éthique, en plus de servir des intérêts clairs.

Cela étant, 84 % des répondants surveillés au travail sont à l’aise ou très à l’aise avec l’idée de prendre des pauses à leur convenance et d’effectuer des tâches personnelles durant les heures de travail, preuve que la liberté individuelle ne semble pas entravée, malgré la surveillance.

Dans la deuxième partie de notre étude, nous verrons comment les managers peuvent utiliser la surveillance comme levier d’une meilleure reconnaissance des employés.

Et maintenant ? Consultez notre catalogue de logiciels de surveillance des employés pour découvrir davantage de produits.

Méthodologie de l’enquête

Pour recueillir ces données, GetApp a interrogé 1 418 professionnels répartis en 1 309 employés (postes intermédiaires et middle management) et 269 profils seniors et de direction. Le sondage a été mené du 13 au 17 novembre 2020. Les répondants devaient être âgés de plus de 18 ans, résider en France, et leur situation professionnelle devait être active. Voici le profil de nos répondants : travailleur à temps plein (83 %) ou temps partiel (17 %). Ils sont issus de divers secteurs d’activité. Le nombre de répondants varie d’une question à l’autre selon leurs réponses apportées aux questions précédentes. Ainsi, les entreprises interrogées peuvent faire de la surveillance en présentiel ou en télétravail. Certains postes se retrouvent dans la catégorie “surveillant” ou “surveillé”, et certains autres dans les deux catégories à la fois.

 


Cet article peut faire référence à des produits, programmes ou services qui ne sont pas disponibles dans votre pays, ou qui peuvent être limités par les lois ou règlements de votre pays. Nous vous suggérons de consulter directement l'éditeur du logiciel pour obtenir des informations sur la disponibilité du produit et le respect des lois locales.


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