Fait-on confiance à la reconnaissance faciale ?

Publié le 03/06/2021 par Caroline Rousseau

Lorsque l’on pense “reconnaissance faciale”, on imagine un dispositif scannant notre visage et nous donnant accès à un bâtiment ou appareil. Cependant, cette méthode d’identification biométrique peut être utilisée à d’autres fins, parfois à notre insu. Dernier exemple en date, l’entreprise Clearview AI a récupéré des milliards de portraits photographiques disséminés sur Internet pour créer une base de données, par la suite utilisée par les forces de l’ordre de plusieurs pays. En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a été sollicitée par l’ONG Privacy International pour ouvrir une enquête sur cette affaire.

À noter que, quel que soit l’objectif visé par l’implémentation d’un système de reconnaissance faciale, la CNIL stipule que “tout projet d’y recourir devra à tout le moins faire l’objet d’une analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD)”.

D’après notre enquête, la reconnaissance faciale semble être la méthode d’identification biométrique la plus socialement acceptée après celle de l’empreinte digitale (31 % des répondants accepteraient de se soumettre à la reconnaissance faciale et 42 % de soumettre leur empreinte digitale). Dans ce second article tiré de notre enquête sur la perception de l’utilisation des données biométriques par les Français, GetApp se penche sur le rapport des Français à l’usage de la reconnaissance faciale dans notre quotidien. Quelles sont les pratiques exercées ? Quelles sont celles que l’on accepte le mieux ? Est-on prêt à partager les traits de son visage à des fins plus prosaïques que la sécurité ? Pour répondre à ces questions, ce sondage a été réalisé auprès de 1009 répondants français. Vous trouverez la méthodologie en fin d’article.

À quelles fins la reconnaissance faciale est-elle utilisée ?

Les contrôles d’identité aux frontières, notamment dans les aéroports, utilisent désormais des caméras et bornes de reconnaissance faciale, qui établissent une correspondance entre le voyageur et la photo de son document.

Lors de notre sondage, ils ont été 72 % de répondants à se prononcer positivement pour un tel usage. À l’aéroport d’Orly, on teste actuellement pour certains vols la reconnaissance faciale lors des diverses étapes du parcours voyageur, de l’enregistrement des bagages à l’embarquement. 

Outre le contrôle d’identité, de nombreuses autres utilisations de la technologie de reconnaissance faciale se développent aujourd’hui à travers le monde. 

Sécurité et surveillance policière

La sécurité et la surveillance sont sans doute les usages de la reconnaissance faciale les plus courants après le contrôle d’identité. Elle peut par exemple être utilisée dans le cadre de l’identification d’un individu recherché.

Vérification utilisateur

Comme évoqué précédemment, les méthodes de reconnaissance biométriques peuvent accompagner ou supplanter le déverrouillage par mot de passe d’un appareil ou servir à autoriser un paiement en ligne, toujours dans le but d’exercer une authentification forte et parer le plus possible aux fraudes. Ces deux concepts inspirent plutôt confiance aux répondants qui affirment se sentir à l’aise avec le fait de s’authentifier à l’aide de leur visage.

Achats en magasin

Encore confidentiel en France, le paiement des achats en magasin à l’aide de la reconnaissance faciale se développe petit à petit dans le monde : les magasins Carrefour testent déjà la méthode en Chine. Les répondants sont partagés sur la question et si une telle méthode devait être instaurée en France, 46 % d’entre eux se verraient plutôt enclins à l’utiliser contre 42 % qui ne la voient pas d’un bon œil. 

Publicité personnalisée

En matière de publicité, la reconnaissance faciale peut servir à analyser des profils ou émotions et proposer en conséquence un contenu personnalisé et d’en mesurer l’impact : c’est le cas de certains écrans qui, après captation du visage d’un passant, adaptent ce qu’ils diffusent, selon son âge ou son humeur supposés. Cependant, le développement de cette méthode en France ne semble pas d’actualité, notamment en raison du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Elle n’est en tous cas pas plébiscitée par 52 % des répondants qui préféreraient ne pas être ciblés d’une telle façon.

Contrôle des présences

En France, les pointeuses biométriques sont interdites pour la gestion du temps de travail et le suivi des heures. Une majorité de répondants (49 %) désapprouve un tel concept, prohibé chez nous mais autorisé dans d’autres pays. 

Accès à un événement

La reconnaissance faciale dans l’événementiel fonctionne selon une base de données. Pour les Jeux Olympiques de Tokyo de 2021, on prévoit de gérer l’accès aux sites avec cette technologie qui mesurera également la température pour prévenir toute propagation du coronavirus. 48 % des répondants se sentent plutôt confiants vis-à-vis de la reconnaissance faciale dans le contexte d’accès à un événement.

Accès à un bâtiment

En France, le contrôle d’accès à un bâtiment via reconnaissance faciale ne peut se faire que dans un cadre de sécurité, par exemple pour les entités détenant des données sensibles. Sa mise en place est soumise à l’approbation de la CNIL. 62 % des répondants approuvent une telle mesure et la voient recevable.

Analyse des émotions

En guide de présélection, on peut aujourd’hui vous demander d’enregistrer une vidéo de présentation lors d’un processus de recrutement. La technologie de reconnaissance faciale dotée d’outils d’intelligence artificielle et d’analyse du langage peut alors être utilisée pour déterminer vos émotions ou certaines caractéristiques de votre personnalité. 55 % des personnes interrogées affirment n’être pas à l’aise avec l’analyse de leurs émotions par un algorithme. 

Seules 31 % des personnes interrogées accepteraient de partager leurs traits biométriques avec une entreprise privée

On n’a pas toujours conscience de toutes les données personnelles que l’on partage lors de nos pérégrinations sur le web. Mais a-t-on davantage conscience des données biométriques que l’on soumet à des entités privées ? 58 % des répondants affirment n’avoir jamais partagé de telles données de leur plein gré. Pourtant, l’obtention d’un passeport requiert déjà la soumission de données biométriques, comme l’empreinte digitale. Parmi ceux affirmant avoir fourni au moins une donnée biométrique, 52 % citent leur visage pour la reconnaissance faciale.

Quant à savoir quelle donnée nos répondants sont prêts à soumettre à une entreprise privée en pleine connaissance de cause, la reconnaissance faciale est une fois de plus en haut de la liste avec 31 % de réponses positives, derrière l’empreinte digitale (42 % des répondants).

Nonobstant, cette acceptation ne va pas sans quelques notions d’éthique.

Le biais algorithmique

Le biais algorithmique, c’est-à-dire la propension des algorithmes à se tromper, peut entraîner des résultats inexacts ou injustes pour un groupe de personnes donné par rapport à un autre. 48 % des répondants affirment qu’ils ignoraient ce concept et 44% qu’ils en ont entendu parler. Seuls 8 % déclarent connaître très bien le sujet. 

Les limites de la reconnaissance faciale

Si la reconnaissance faciale est strictement encadrée en France, notamment par le RGPD et les recommandations de la CNIL, la rapide évolution de la technologie semble dessiner les contours de sociétés orwelliennes à travers le monde.

Sous nos latitudes, le grand public se sent plutôt à l’aise avec la reconnaissance faciale lorsqu’elle est associée à la sécurité (protection d’un appareil ou accès à un bâtiment) et beaucoup moins lorsqu’il s’agit de marketing et de consommation. La menace de récupération et d’exploitation de données aussi sensibles que les données biométriques se joint à la confiance qu’inspire une protection accrue contre la fraude.

Vous souhaitez en savoir plus ? Consultez notre catalogue de logiciels d’authentification pour découvrir davantage de produits.

Méthodologie

Pour recueillir ces données, GetApp a interrogé un total de 1 009 répondants sur le territoire français. Le nombre de répondants peut varier d’une question à l’autre, selon la logique du sondage. Celui-ci a été mené du 14 au 19 avril 2021. Les répondants devaient être âgés de plus de 18 ans et résider en France. 


Cet article peut faire référence à des produits, programmes ou services qui ne sont pas disponibles dans votre pays, ou qui peuvent être limités par les lois ou règlements de votre pays. Nous vous suggérons de consulter directement l'éditeur du logiciel pour obtenir des informations sur la disponibilité du produit et le respect des lois locales.


Partager cet article